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théâtre

Rosas putridas

Samedi dernier, au Grand Théâtre, Cesena, par la Cie Rosas.

Sans doute le pire souvenir de théâtre de ma vie.

Je vais tenter de vous décrire à quel point j'ai souffert.

Tout d'abord, la chose commence dans un noir presque absolu. Outre que nous étions très mal placé, il n'y avait absolument rien à voir. À peine devinait-on de vagues présences gesticulant sur le plateau.

N'ayant rien à voir, pas de raison de me choper un torticolis en fixant une scène logée dans les ténèbres. J'ai donc redressé mon cou, fermé les yeux et essayé de capter quelque trucs à l'oreille, on ne sait jamais.

Je me suis endormi, par bonheur.

Mais je fus réveillé quelques temps plus tard par les hurlements d'une chèvre qu'on devait violer et maltraiter de bien d'autres manières.

Je m'étais endormi, je faisais un rêve sympa. Au réveil, j'ai cru que je faisais un cauchemar. Mais j'ai vite cru que j'étais en fait mort dans mon sommeil et que je m'étais retrouvé dans un enfer dont je ne sortirai plus jamais.

La lumière avait augmenté. Visiblement, le concept était un très, très long fade in de la lumière sur toute la durée de la chose.

Malheureusement, en même temps que les assauts de ces "chants" braillés façon "mystères de voix bulgares", croisés avec les tortures animalières évoquées supra, j'ai donc enfin pu découvrir ce qu'il y avait à voir.

Car la punition était double : visuelle et auditive.

Une troupe disparate, dont les trois quarts n'étaient pas des danseurs et le quart restant avait oublié l'avoir été, peut-être. Trois nanas, dont une vieille qu'on aurait dit échappée d'un camp de concentration et qui m'a terrifié, une boulotte qui bougeait comme moi quand j'ai envie de chier et que les toilettes sont prises et une cohorte de mecs, dont un qui évoquait le chanteur de Hurra Torpedo mais qui serait devenu partiellement chauve façon Giscard et un autre, avec une tignasse genre bête morte sur la tête, mais au moins un blaireau, vu la taille de la chose.

Le tout braillant (je ne peux PAS utiliser le verbe chanter) continuellement et se déplaçant (je ne peux PAS utiliser le verbe danser) de façon tout aussi blessante pour les yeux que leurs éructations l'étaient pour les oreilles.

Interminable. Ignoble. Car il me fut impossible de sortir : j'étais coincé dans cette putain de baignoire exiguë.

Je n'ai jamais été aussi violenté par de pseudo-artistes.

J'ai rarement été autant en colère qu'en sortant de ce spectacle.

Et voir le public applaudir moutonnement cette escroquerie n'a fait qu'amplifier ma colère.

J'aurais pu les tuer avec plaisir, lentement, pour les voir souffrir autant qu'ils m'ont fait souffrir.

Putain, je n'en décolère toujours pas, plusieurs jours après. Fallait que ça sorte. Voilà qui est fait.